Carte Blanche - Réminiscence d'un futur antérieur
- 2025-09-27
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Alors que l’art, avec un petit « a » et un grand « $ », semble souvent se satisfaire, aux quatre coins du monde, d’une abondance de faux-semblants techno-ego-communicatifs, certains talents, formés, documentés, censés et réfléchis se plient encore, comme Xiaozhi, à la difficile et laborieuse conversation de l’artiste de 2025 avec les grands maîtres de l’art primitif, antique, classique et moderne.
Exit les vidéos, la selfie-mania et le digital « à tout-va » tombés comme un cheveu bien mince dans une soupe dite « contemporaine » ! Aucun grand nom de la philosophie et de la littérature appelé en renfort non plus ! Pas plus d’installations mécano-humanoïdes aux budgets indécents.
Avec Xiaozhi, nous assistons au retour assumé du sage prolongement d’un travail technique, besogneux, patient et méthodologique, ancré dans des mouvements fondateurs et significatifs tels que la Renaissance, le Bauhaus, le Surréalisme, l’Art brut…
Prenons le temps de regarder, de réfléchir, de comprendre et de juger sur site ! Les suspensions et installations de cette artiste chinoise — franco-nostalgique, c’est certain — sont des combinaisons audacieuses et interpellantes de matériaux, de références et de messages subliminaux qui ont toujours su trouver leur place dans le chemin que l’art moderne s’est frayé pour entrer dans sa période contemporaine.
À la frontière d’un monde vieux et riche de 5.000 ans, Xiaozhi ne franchit pas la ligne du modernisme. Elle produit, avec retenue et précision, une création dense, sortie — dans la douleur à n’en pas douter — de son inconscient. S’y côtoient son histoire artistique personnelle faite de Chine et de France, de Beaux-Arts et de restauration, de matières, de passions et de contradictions. Les révoltes des Ex-voto, du Dadaïsme revisité et de l’Arte Povera asiatique du XXIᵉ siècle ne sont jamais bien loin.

Il faut voir, dans la justesse des pièces présentées, une évolution clé de cette artiste-créatrice-conceptrice qui vient de s’affirmer comme un talent « à suivre ». Xiaozhi a su s’appuyer, pour cette exposition, sur des espaces pensés pour une dynamique séquencée et nous donner à voir une synthèse audacieuse, esthétique et si profonde des classiques et des modernes revisités.
Xiaozhi mérite notre questionnement, un certain respect et probablement un véritable engouement. Abreuvé, comme beaucoup, de travaux les plus divers, je suis tenté d’applaudir le courage de Xiaozhi qui nous délivre ici une copie rassurante, rafraîchissante, enthousiasmante et compréhensible par celles et ceux qui aiment parler d’art sans 0 ni trompettes !

N’est-ce pas cela, l’objet de l’Art avec un grand A ? N’est-ce pas là le devenir du terrestre, que celui de nous permettre de côtoyer et de collectionner celles et ceux qui, comme Xiaozhi, « avec un doute constructif », investissent le champ des possibles pour prendre part à l’évolution de notre temps, à son questionnement perpétuel, sans monter sur les grands chevaux prétentieux des écuries nourries par la démesure de l’art contemporain ?
Maintenant que sa (re)naissance est digérée, laissons Xiaozhi s’échapper dans son monde, pour nous projeter un travail libre, toujours plus riche, fort et sensible, au cœur duquel les matériaux de Da Vinci, les fulgurances venues de sa formation, Louise Bourgeois, Marcel Duchamp, Brancusi… et les textures d’époques pré-contemporaines vont sûrement continuer à paver les sentiers escarpés que Xiaozhi aura décidé de parcourir.
Nomad P.
Curateur